Raconter en quelques touches impressionnistes la poésie d'une ville....Une ville, c'est le baiser dérobé dans l'ombre protectrice d'un porche...ce bleu du ciel qui incendie les toitures, c'est le reflet miroitant d'un pavé disjoint, la porte ensorcelée d'une église obscure, l'ombre d'un nuage sur l'eau ruisselante d'une pluie qui s'étiole. L'amour des villes se tisse en lettres simples,en mots glanés au hasard d'une rencontre, en "rêves de pierres sous le soleil" dans le grand firmament des cités et des siècles. Mais la ville se meurt...

Sans afféterie, sans dépravations pseudo artistiques, sans voyeurisme, sans ce cynisme contemporain qui a tant de mal à digérer le coup de grâce de Duchamp, cette petite correspondance imaginaire a la force terrible de ces évidences qui bouleversent...

Elle décline le furtif des émotions. C'est le sourire narquois d'un faune aux fientes des pigeons...C'est la solitude d'un porche ou l'arabesque d'un heurtoir...Mais ce sont aussi ces mots, cette lente calligraphie, qui peu à peu tissent une toile entre les mots et les choses.Tout s'y achève dans la tristesse d'une église; "j'ai rêvé de toi , tu n'étais pas mort"...Au delà de la ville et de ses sortilèges, c'est surtout l'éloge d'une amitié perdue...Le vide d'un silence éperdu, la clameur éteinte d'une détresse...Ecrire dans ce vide, quelques cartes, quelques mots, quelques couleurs volées à l'azur d'un été à jamais solitaire, telle était la dette dont voulut se charger Ségura.

Thierry Verdier, juillet 1997