Des tableaux de Raphaël Segura, je dirais qu'ils me paraissent d'une "sereine étrangeté". Le recours aux crayons de couleur nous renvoie immanquablement au vocabulaire de l'enfance et c'est sans doute un peu de ce regard candide et perpétuellement sur le qui-vive qui sonne juste dans l'approche du paysage tel que le conçoit le peintre. Le tableau devient métaphore de la rencontre possible entre le peintre et l'amateur d'art. Sa peinture témoigne de surcroît de préocupations métaphysiques qu'accentue l'économie des moyens. La figure humaine brille par son absence mais l'attente semble la seule au rendez-vous. C'est que la mort rode pour qui sait bien observer. C'est pourquoi on pourrait tout aussi bien parler à son égard " d'inquiétante sérénité".
Bernard Teulon-Nouailles, " Tendances", sept. 96